LISEZ LE RAPPORT MORAL DU PRESIDENT OPLGO

Ce rapport moral montre non seulement que, malheureusement les prévisions 2015 de OPLGO se sont avérées  justes, mais surtout, l’actualité le prouve, les idées OPLGO sont avant-gardistes car en phase avec le terrain, ses adhérents et la filière laitière.

Bagnoles de l’Orne, le 23 février 2017

Mesdames, Messieurs,

Il y a un an, presque jour pour jour, nous nous étions retrouvés lors de la journée OPLGO pour faire le bilan d’une année 2015 très difficile.

J’aurais aimé que 2016 nous permette de sortir de la crise laitière dans laquelle nous nous trouvons et que ce soit une année de redressement économique pour nos exploitations.Il n’en a malheureusement rien été et nous rencontrons sur le terrain toujours plus d’hommes et de femmes fatigués voire désabusés !

Fragilisés par des conditions de récolte défavorables, nous avons été de nouveau confrontés à une conjoncture laitière déprimée en raison notamment de la poursuite de l’embargo russe et du recul des importations chinoises qui ont eu pour effet de réduire la demande sur les marchés. Par ailleurs, certains de nos voisins européens ont contribué à renforcer la crise en alimentant une surproduction délétère pour l’ensemble de notre profession.

Plus largement, nous subissons aujourd’hui les conséquences d’un manque de stratégie collective à l’échelle nationale car chacun sait que la France n’a pas anticipé la fin des quotas.

Je ne peux naturellement pas parler de 2016 sans évoquer le conflit qui nous a opposé à Lactalis à la fin de l’été dernier. Il y a un an, j’avais indiqué devant vous qu’il n’était pas acceptable que Lactalis pratique des prix inférieurs à ceux de ses concurrents de taille comparable. J’avais également alerté et souligné que bon nombre de producteurs ne se reconnaissaient plus au travers de l’entreprise et qu’un climat de défiance s’était durablement installé. Malgré le rattrapage de prix consenti par le groupe sur les cinq derniers mois de l’année, nous ne pouvons que déplorer l’escalade de ce conflit au cours duquel OPLGO a toujours prôné le dialogue et la négociation.

A ce stade, il me paraît donc essentiel que nous tirions ensemble les conclusions de cet événement. Il est clair que ni les producteurs, ni Lactalis ne sont sortis gagnants de cette opposition. Aussi, rétablir des rapports de confiance avec Lactalis est plus que jamais essentiel si nous souhaitons bâtir une relation intelligente et mutuellement bénéfique.Bien évidemment, cette volonté ne peut être à sens unique et doit donc être pleinement partagée par le groupe. De leur côté, les producteurs OPLGO n’ont eu de cesse de formuler des propositions concrètes et veulent continuer à s’investir dans la réussite de leur filière !

 

C’est bien là tout le sens de notre engagement au sein d’une organisation de producteur résolument économique et asyndicale !

 

Comme vous le savez, les OP ont été créées en France suite à la contractualisation obligatoire pour redonner du pouvoir aux producteurs. En effet, seules les OP agréées sont aujourd’hui habilitées à négocier prix et volumes avec les entreprises,au nom des producteurs. Or, notre OP a ceci d’atypique qu’elle porte depuis l’origine des valeurs collectives via une réflexion de tous ses adhérents.

Notre objectif n’a jamais été d’être en opposition avec Lactalis car nous voulons avant tout construire une filière dans laquelle le maillon production serait une force de proposition et non une variable d’ajustement pour les industriels et la grande distribution. Selon nous, les producteurs doivent porter et concrétiser des idées collectives et positives au service de toute la filière.

 

Depuis 2015, cette approche a donné des résultats, en particulier à travers la cessibilité des contrats négociée par OPLGO avec Lactalis. Elle a permis à plus de 2000 exploitations de se développer tout en optimisant leurs outils de production et en garantissant le maintien d’un volume contractuel sur la zone OPLGO. La cessibilité ne s’est pas faite au détriment des jeunes puisqu’elle a permis de conforter l’installation des jeunes grâce à l’attribution de 200 000 litres dans la limite de 450 000 l/UTH.

 

En lien avec Lactalis, OPLGO a également toujours plaidé pour une maîtrise des volumes en cohérence avec l’état du marché, considérant que la production de volumes individuels illimités serait une grave erreur. En effet, si la croissance des volumes peut être profitable à court terme pour certains, nous sommes convaincus qu’elle serait défavorable pour tous à moyen terme. Cette situation soulève d’ailleurs le problème de la stratégie de certaines coopératives qui donnent des volumes supplémentaires à produire en fin de campagne, contrairement à la réduction volontaire des volumes encouragée par l’Union européenne.

 

Au cours des derniers mois, OPLGO s’est aussi mobilisé afin de proposer ses solutions aux pouvoirs publics français et européens. Nous avons ainsi défendu et obtenu le maintien de la cessibilité dans la loi Sapin 2 alors que les parlementaires souhaitaient son interdiction pure et simple. Toujours dans la loi Sapin 2, nous avons également contribué à définir le contenu du contrat-cadre que nous négocierons avec Lactalis au cours des prochaines semaines. Ce contrat-cadre  est une reconnaissance de la la légitimité des OP par les pouvoirs publics et nous permettra de jouer pleinement notre rôle auprès de Lactalis. Il devra en particulier garantir une plus grande transparence des prix et des volumes.

Nous pouvons aussi nous féliciter de l’obligation d’indication de l’origine du lait et des produits laitiers sur les emballages. Elle permettra au consommateur de choisir ses produits en toute connaissance de cause.

OPLGO a également été en pointe sur le dossier de la réduction volontaire des volumes permise par l’activation de l’article 222 de l’organisation commune de marché (OCM) par la commission européenne. Nous avons ainsi noué de précieux contacts avec des organisations de producteurs au niveau européen afin de pouvoir coordonner à l’avenir une éventuelle réduction des volumes. De même, nos contacts avec les institutions européennes et le ministère de l’agriculture nous ont permis de plaider pour une compensation financière à la réduction des volumes dont certains d’entre vous ont pu profiter.

 

Certes, ces avancées peuvent paraître modestes compte tenu de l’intensité de la crise mais elles permettent dès à présent de poser des jalons essentiels pour la restructuration de la production laitière que nous souhaitons accompagner et non subir.

Outre les échéances électorales, 2017 s’annonce comme une année charnière au cours de laquelle de nombreux sujets devront être traités.

Nous devrons réfléchir ensembleà trois questions majeures:

  • Quel est notre stratégie laitière à moyen et long terme ?
  • Comment être compétitifs dans un marché ouvert ?
  • Comment créer et capter davantage de valeur ajoutée ?

 

  • Au niveau européen, OPLGO suivra attentivement les négociations relatives à la PAC 2020 qui laisse craindre une baisse et une réorientation des aides vers le deuxième pilier. Nous devrons aussi être collectivement en capacité de justifier ces aides auprès de la population. Celle-ci est prête à soutenir son agriculture à la condition que nous remplissions des attentes sociétales précises, en particulier sur les questions de santé et d’environnement. Nous devrons enfin porter une attention particulière aux stratégies adoptées par nos voisins européens qui, rappelons-le, ont également été touchés par la crise au cours des derniers mois.

 

  • Au niveau national, OPLGO s’impliquera pleinement dans la négociation des nouveaux contrats, je viens d’en parler. Il nous faudra être particulièrement vigilant sur la question du développement des volumes qui, s’il mal maîtrisé, pénalisera l’ensemble des producteurs. Nous devrons aussi alerter les pouvoirs publics sur les distorsions de concurrence qui pénalisent notre compétitivité en raison des différences de fiscalité ou de la sur-transposition des normes européennes par la France.

 

 

La question des relations commerciales entre industriels et grande distribution devra enfin être abordée. En effet, depuis 2008, la loi LME incite la grande distribution à acheter des prix plutôt que des produits ;ce qui a alimenté une spirale sans fin de baisse des prix agricoles sans pour autant bénéficier au consommateur. Or, cette déflation des prix nuit non seulement à l’image de nos produits et de notre métier mais conduit à dégrader la qualité des aliments dans l’assiette des consommateurs.

 

Enfin, il nous faudra promouvoir et participer à l’élaboration d’une véritable stratégie laitière pour la France, inexistante à ce jour. Alors que nos voisins ont défini des stratégies précises, notre paysage laitier est aujourd’hui anarchique et notre désorganisation est un handicap dans la mesure où le marché tend à standardiser les productions et accélère la déprise laitière.

Dans ce contexte, je souhaiterais vous livrer quelques réflexions dont j’espère que nous pourrons débattre tous ensemble au cours de cet après-midi.

A l’issue de la restructuration en cours, le paysage laitier sera probablement très segmenté. Certains auront adopté des stratégies de volume alors que d’autres se positionneront sur des niches ou des productions à plus haute valeur ajoutée, en lien avec des attentes sociétales.Tout comme les distributeurs ou les industriels, nous devrons aussi nous différencier et être payé en fonction de notre type de production. Pour cela, il est impératif que les pouvoirs publics nous accompagnent dans ces choix stratégiques avec davantage d’aides à l’investissement de sorte que que chacun puisse construire son propre projet, en fonction de son environnement et de ses compétences. Ces investissements auront également pour but de conforter, optimiser et développer des outils compétitifs, notamment à travers des projets d’amélioration des bâtiments.

Une loi pour la compétitivité permettrait également de renforcer nos exploitations et nous souhaitons proposer des mesures précises aux pouvoirs publics en ce sens, notamment en termes de fiscalité et de charge sociales.

Afin d’augmenter la valeur ajoutée de notre production, un objectif de 30% du lait valorisé avec des critères de qualité pourrait être visé contre 20% actuellement au niveau national. Une réforme de la LME devra également permettre de mieux répartir la valeur ajoutée, par exemple en définissant de nouveaux seuils de concentration sur le marché de la grande distribution.

Enfin, il nous faudra certainement construire de nouveaux outils pour nous adapter à la volatilité des prix. Un système calqué sur les plans épargne entreprise (PEE) permettrait de défiscaliser une partie des bénéfices afin de constituer une réserve qui serait libérée durant les mauvaises années. Ce dispositif permettrait de rendre la fiscalité cohérente avec l’environnement économique des producteurs. De même, un système d’assurance revenu pourrait être mis en place afin de lisser les conséquences des variations des prix sur nos trésoreries.

 

Conclusion :

Comme vous le voyez, nous formulerons de nombreuses propositions aux cours des prochains mois. Malgré les difficultés, mes collègues et moi sommes convaincus que nous devons persévérer car il ne faut pas s’y tromper : l’avenir de la production laitière se joue aujourd’hui ! Et 2017, année électorale sera décisive !Nous devons donc forger une vision d’avenir et agir dans le sens de l’intérêt général pour nos exploitations mais aussi pour les jeunes qui s’installeront demain. Dans ce cadre, je suis convaincu que notre OP constitue un formidable outil pour trouver des solutions collectives et prendre notre destin en main.

J’aimerais pour terminer remercier M. Moly de sa présence et lui demander quelles sont les perspectives laitières pour 2017 et quelle est la vision de Lactalis s’agissant de la production laitière dans 10 ans.

Je vous remercie de votre attention.