ASSEMBLEE GENERALE NORMANDIE PERCHE

Une réunion avec des exploitants agricoles n’est jamais une sinécure. Et avec des producteurs laitiers en pleine crise de la suppression des quotas laitiers encore moins.

L’association Normandie Perche Lait a tenu son assemblée générale mercredi 17 juin à la salle des fêtes de Mortagne. L’occasion de revenir sur la création de l’OPLGO (Organisation de Producteurs Lactalis Grand Ouest).

« L’union fait la force »

EN 2013, les producteurs évoquaient l’idée de se regrouper en OP, « l’union fait la force » martelait alors Joël May, président de Normandie Perche Lait en évoquant la suppression des quotas laitiers pour 2015. Nous y sommes. « C’est plus que jamais d’actualité, a insisté le président mercredi soir. Adhérez à n’importe quelle OP mais adhérez ! ».

 

En face de lui, une cinquantaine de producteurs laitiers. La plupart ont déjà adhéré à l’OPLGO. Mais une résolution soumise au vote ce soir-là ne plaît pas à tout le monde : un prélèvement mensuel direct de la cotisation géré par Lactalis en personne. « C’est effectivement paradoxal de devoir passer par Lactalis, reconnaît Denis Mousset, trésorier. Mais c’est tellement compliqué et lourd à gérer pour les membres du bureau de l’association. Nous y passons un temps fou. Si quelqu’un a une autre idée ou veut prendre ce dossier en charge… » Personne. La résolution est donc approuvée.

Fin de

s quotas laitiers

Il est temps de rentrer dans le vif du sujet. La fin des quotas laitiers. « Il nous faut avancer dans notre métier, explique Joël May. Le système libéral voulu par l’Europe s’impose aujourd’hui à nous… Concernant le prix du lait, il y a eu jusqu’à maintenant des propositions mais peu de discussions… » Président de l’OPLGO, Jean-Michel Yvard intervient à son tour, insistant sur l’importance de rester uni : « Seule l’OP est habilitée à rencontrer et négocier avec Lactalis. Et l’OP ne représente que les producteurs qui ont donné mandat pour négocier. La restructuration de la profession est en marche ».

Dans la salle, tout le monde semble convaincu. Car ce qui compte réellement, c’est le prix du lait. Ce fameux prix qui ne cesse de baisser.

Volatilité des prix

Invité pour débattre de la “production laitière à la croisée des chemins”, Vincent Chatellier, économiste ingénieur à l’INRA, est attendu sur la question. Les chiffres, ça le connaît. Avec humour, le conférencier évoque tour à tour l’internationalisation des marchés, la volatilité des prix et la PAC (politique agricole commune).

« Il est légitime aujourd’hui d’avoir des appréhensions au sujet de l’avenir du lait, annonce Vincent Chatellier. Mais je crois fermement en son avenir : il y a de la place pour une

diversité des exploitations, il existe plusieurs modèles de réussite ».

Influence des prix du pétrole, marchés agricoles instables, spéculation, développement des bio carburants : la volatilité du prix du lait a plusieurs explications.

Côté consommation, les prix restent faibles et baissent même légèrement. Avec un gros volume de production et une consommation en hausse dans le monde « même les Chinois se mettent à boire du lait », les producteurs ne s’y retrouvent pas. La faute ? En grande partie aux charges trop lourdes, selon l’économiste. Son intervention se poursuit avec entrain, les échanges seront nombreux.

Représentant de Lactalis

L’homme qui prendra la parole en dernier est celui que tout le monde au tournant. Serge Moly est responsable des achats lait chez Lactalis. Il prend la relève de Claude Trevillot, parti à

la retraite. Il sait que la tâche ne sera pas facile et qu’il devra composer entre confiance et fermeté. Mais visiblement il a réussi le challenge : les producteurs sentent que le géant Lactalis a pris conscience de leurs grandes difficultés. Vrai changement de comportement ou simple parade : l’avenir le dira.

N.L.

61400 Mortagne-au-Perche
Nathalie Legendreperche-lait-bis juin2015