AG association Mayenne Sarthe le 15/06/16

jm2 juin 16L’assemblée générale de l’association Mayenne Sarthe a eu lieu le 15 Juin 2016 à Commer (53). Ci-dessous, le rapport moral du président, Jean-Michel Yvard

Mesdames, Messieurs,

La première campagne laitière de l’après quotas s’est achevée il y a peu de temps dans un climat économique dégradé.

La conjoncture laitière difficile que nous subissons s’inscrit dans un contexte international perturbé : crise politique au Moyen Orient, guerre en Syrie et baisse du prix du pétrole ont déstabilisé l’économie de nombreux pays potentiellement acheteurs de produits laitiers. L’embargo russe, suite à la crise ukrainienne, prive depuis 2 ans l’Europe d’un débouché de plus de 300 000 tonnes de fromage annuellement. C’est dans ce contexte que les quotas ont laissé place à une libéralisation des marchés : répondre à la croissance de la demande européenne et mondiale, telle est l’ambition de l’Europe.

La fin des quotas annoncée en 2003; certains pays l’ont anticipé, en favorisant la restructuration et en développant une stratégie de conquête de nouveaux marchés. La France, elle, n’a ni anticipé ni préparé cette fin des quotas. La France manque de stratégie depuis 15 ans pour la production laitière, à tel point que l’on pourrait finir par croire que l’agriculture n’est pas considérée comme un enjeu majeur pour l’économie du pays.

Les éleveurs français, désemparés aujourd’hui, ont été habitués à vivre dans une filière encadrée par l’interprofession et la gestion administrative de la production. Le manque de solutions concrètes présentées par le syndicalisme a engendré le désarroi, un sentiment d’impasse totale.

La crise agricole française est structurelle. Mal préparée à cette mutation, la France en subit d’autant plus des répercutions économiques, d’où un profond malaise dans les campagnes avec des conséquences économiques et sociales dramatiques. En France, on cherche de l’argent pour tenter d’amortir la crise en sollicitant l’État et l’Europe. En Allemagne et en Irlande, on cherche de nouveaux marchés. Les producteurs de lait français perçoivent cette situation comme un manque de solidarité européenne et ceci ne fait que renforcer les eurosceptiques.

Alors, quel projet peut-on proposer pour l’agriculture française ?

Aujourd’hui on nous demande de nous prendre en charge. «  Prendre son destin en main »,  c’est accompagner la restructuration : telle est notre initiative avec la mise en place de la cessibilité des contrats. Cette initiative mise en place en accord avec Lactalis, est un outil de régulation au service des producteurs. Elle permet d’optimiser et conforter les exploitations en améliorant leur compétitivité. Malgré ses nombreux avantages, la cessibilité est actuellement mise à mal par le projet de loi Sapin II sous prétexte de marchandisation. Son sort sera fixé dans les prochaines semaines mais l’on peut d’ores et déjà affirmer que, loin de résoudre nos problèmes, une cessibilité non onéreuse en créerait de nouveaux.

Contrairement aux idées reçues, la cessibilité ne se fait pas au détriment des jeunes qui s’installent. Permettez-moi de vous rappeler l’accord conclu entre l’OP et Lactalis qui garantit un volume contractuel jusqu’à 200 000 litres de lait dans la limite de 450 000/ UTH lors de l’installation. Elle n’engendre pas de déprises laitières, puisque le lait reste dans la zone géographique de l’OPLGO. Aujourd’hui on nous demande de nous adapter à la mondialisation:  encore faut-il nous laisser y être acteur ? Il faut donc se fixer des objectifs avec des moyens : améliorer la compétitivité de l’élevage laitier est une nécessité vitale pour la filière française. Quelles solutions pour redonner un avenir à notre agriculture ? Si la France n’est pas désavantagée par son coût de production, il n’en est pas de même s’agissant de la main d’œuvre ; le coût du travail est en effet un frein à la dynamique de notre métier. Les taxes, CVO et normes environnementales en tout genre sont excessives. Une concurrence saine passe par une harmonisation des normes à l’échelle européenne et un engagement de l’État à ne pas les sur-transposer.

Nous avons besoin d’espérer dans une période aussi trouble que celle que nous vivons actuellement. Cependant ce n’est pas seuls que nous réussirons à relever tous ces défis. Nous devons définir avec Lactalis une politique laitière dynamique pour satisfaire la demande ce qui ne se fera pas sans changer les habitudes de fonctionnement.

Le prix du lait payé en 2016 par Lactalis n’est pas de nature à nous rassurer. Avec un prix du lait inférieur à celui pratiqué par la concurrence, les producteurs livrant à Lactalis se sentent plus vulnérables, d’autant plus que la régulation des volumes est financée par les producteurs via la cessibilité. Nous n’en tirons aucun avantage pécuniaire. Nombreux sont ceux qui ne se reconnaissent plus au travers de l’entreprise. Les critiques sont nombreuses, et la défiance devenue une réalité.

Lactalis, première entreprise laitière mondiale et co-leader sur le marché français, a tous les atouts pour résister aux difficultés de la crise : son assise nationale et internationale lui permet de mieux y faire face. Désolé de me répéter monsieur Moly, mais une relation commerciale ne se construit qu’à partir du moment où s’installe un climat de confiance. Cependant nous avons atteint aujourd’hui un seuil inacceptable. Fournir des produits agricoles à des prix bas est une remise en cause du modèle agricole français. On a aujourd’hui en France un niveau d’exigence de qualité nutritionnelle, environnementale et d’hygiène élevé que les autres pays n’ont pas. On ne peut continuer d’exiger de nous du lait français High-tech au prix low-cost.

L’origine made in France doit également être valorisée. Il faut laisser le choix au consommateur.  A lui ensuite d’acheter le niveau de qualité qu’il souhaite. Cette initiative est indispensable pour résister demain à la mondialisation. Nous devons aussi communiquer positivement sur notre métier. Valoriser notre métier c’est donner envie au consommateur de nous soutenir par son acte d’achat.

Des éléments de réponse ont certes été apportés en accord avec Lactalis. Nous n’en sommes, je l’espère monsieur Molly, qu’au début d’une nouvelle relation commerciale. D’autres outils seront sans doutes nécessaires demain pour réduire la volatilité du revenu (assurance marge, marché à terme ). Le système d’intervention pour le lait devrait continuer, certes on ne peut pas tout attendre de l’Europe, on a d’ailleurs plutôt le sentiment qu’elle souhaite se désengager de la politique agricole. Confrontée à la crise des migrants, elle a de nouvelles obligations.

Aussi devons-nous aujourd’hui nous organiser pour gérer les volumes et ainsi limiter la volatilité des prix. L’urgence de la situation de crise que nous vivons actuellement nous engage à étudier toutes les éventuelles solutions. L’activation de l’article 222 de l’OCM donnant la possibilité de mettre en place une réduction volontaire des volumes est un objectif certes ambitieux, mais atteignable si les producteurs de lait des grands bassins laitiers européens s’impliquent avec le soutien des entreprises de transformation. Une incitation financière européenne pour encourager la réduction de la production est également nécessaire et devrait impérativement transiter par les organisations de producteurs. A cet égard, l’annonce par la France, l’Allemagne et la Pologne d’une position commune favorable à cette incitation devrait permettre des avancées lors du prochain Conseil des ministres de  l’agriculture qui se tiendra les 27 et 28 juin.

Forts de ce constat, nous devons regarder l’avenir avec lucidité. Le marché mondial est dynamique, l’embargo russe n’a pas vocation à durer éternellement et la croissance démographique mondiale donne des perspectives intéressantes pour notre métier. Notre situation géographique ainsi que les conditions pédoclimatique sont nos atouts.

Je terminerai mon rapport moral bien sûr en vous interpellant monsieur Moly car les questions sont nombreuses. Quel prix du lait pour 2016 ? S’agissant de l’activation de l’article 222, quel est le point de vue de Lactalis ? Allez-vous continuer à défendre la cessibilité des contrats devant les élus dans les semaines à venir ?

 

 

Jean-Michel Yvard